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dimanche 19 octobre 2014

Paco et l'orchestre



Paco est un chien mélomane qui nous accompagne dans la forêt, afin d’y découvrir un à un différents instruments d’orchestre, tels que la clarinette, le piano ou le xylophone. Chaque animal musicien rencontré, quand on appuie sur le bouton, interprète un extrait du Carnaval des animaux  de Camille Saint-Saëns dans une prestation de qualité, jusqu’au finale. Chaque instrument et chaque extrait peuvent être réécoutés en fin d’ouvrage. De petits bruitages et les vives illustrations de Magali Le Huche égayent aussi les pages de ce livre joyeux qui ne peut que faire aimer la musique aux enfants de 3 à 6 ans. 
Dans la même collection, retrouvez Paco et la fanfare.
Chez Gallimard jeunesse, 13.50 euros. 

dimanche 28 septembre 2014

How to love, Katie COTUGNO

Fans de Nos étoiles contraires et de Qui es-tu Alaska, lisez How to love !



Oui, il est encore question d'amour. Mais ce sentiment n'est-il pas universel ?
Alternant entre "Avant" et "Après", ce roman relate l'histoire d'amour particulière entre Serena "Reena" et Sawyer. Deux ans séparent les deux temporalités. Entre-temps, Reena a eu une petite fille, tandis que Sawyer est parti du jour au lendemain. Sitôt revenu chez lui, il apprend la nouvelle et tous deux tombent nez à nez dans le restaurant qui les a vus grandir...
Je sais, ça sent le roman à l'eau de rose à des kilomètres à la ronde. Mais ce n'est pas si simple ! La société dans laquelle évoluent Sawyer et Reena est proche de celle des héros de John Green -- et pour cause, les deux auteurs viennent des Etats-Unis. Leurs personnages pourraient fréquenter le même lycée, la même fac ou même être voisins. Les parallèles sont fréquents ; la citation de Shakespeare qui a donné son nom à Nos étoiles contraires se retrouve dans How to love :
"La faute, cher Brutus, n'est pas dans les étoiles, mais en nous-mêmes."
L'histoire est aussi forte, l'écriture est plus concise, le verbe plus direct. Reena et Sawyer doivent assumer un destin qu'ils ont plus ou moins choisi sans vraiment être épaulés par leurs proches, dans un contexte catholique pratiquant. Ces choix, nous les comprenons petit à petit alors que "l'Avant" et "l'Après" avancent de front pour nous livrer des indices de compréhension. Les jeunes gens gagnent en profondeur, se font plus complexes, et nous, nous dévorons le livre, entre émois et réflexion.
Ado, on gagne en maturité ; adulte, on redevient adolescent et notre cœur bat à tout rompre.
Une formidable cure de jouvence !

dimanche 21 septembre 2014

Qui es-tu Alaska ? , John GREEN

Cet été, vous n'avez pas pu échapper au phénomène Nos étoiles contraires. Cette histoire d'amour si particulière entre deux adolescents réunis pour une très courte infinité d'instants magiques nous a tous émus aux larmes. La poésie, l'humour et le ton juste de John Green convoquent toutes nos émotions au bord des yeux.
Abordons aujourd'hui son premier roman qui a remporté le prestigieux M.L.Printz Award du meilleur livre pour adolescents en 2006 : Qui es-tu Alaska ? .




John Green dépeint de nouveau l'amour, sentiment universel et multiple comme autant d'êtres qui l'incarnent, sous une nouvelle forme. Miles, adolescent passionné par les dernières phrases des gens célèbres, décide de quitter sa vie morne et solitaire pour découvrir le "Grand Peut-Être" évoqué par Rabelais au moment de s'éteindre, loin de ses parents, au pensionnat de Culver Creek. Amitié, blagues potaches, amour et mort s'invitent à l'intense partie de vie écrite avec autant de finesse, autant de poésie et autant d'humour que Nos étoiles contraires. L'existence de ces jeunes êtres bascule brusquement à la disparition de l'un d'eux. Ceux qui restent n'ont de cesse de chercher un sens à la vie en général, et à la vie de chacun en particulier, entre enquête et roman initiatique.
"Si les gens étaient de la pluie, j'étais de la bruine et elle, un ouragan".
Une lecture passionnante pour un texte intense et bouleversant de justesse sur l'amour et l'amitié, mais aussi sur la quête de sens et d'identité, à un âge où l'on perd les repères rassurants de l'enfance pour s'en construire de nouveaux, et où chaque détail compte.
Dès 14 ans.
Existe en poche et en grand format.

vendredi 19 septembre 2014

Percy Jackson et les dieux grecs, de Rick RIORDAN

Avis aux fans de la série Percy Jackson !


Demain sort en avant-première le dernier opus de Rick RIORDAN. Et il ne sera offert -- dans sa version numérotée et signée, s'il vous plaît ! -- qu'aux jeunes malins qui auront découvert le mot de passe grâce aux trois indices divulgués sur la page facebook "Héros de l'Olympe", ET qui seront allés le dévoiler à leur libraire participant à l'opération. Oui, mais voilà, il y a un troisième obstacle : il faut être dans les dix premiers de sa librairie...
A vos jeux !
Un ouvrage hors-série, où Percy Jackson lui-même raconte et explique la mythologie grecque, avec humour, et qui ne sort à la vente que plus tard, le 1er Octobre.

vendredi 27 septembre 2013

Le Bestiaire de l'Olympe, textes d'Anne Jonas, illustrations de Nancy Peña.

Pour les jeunes collégiens et les plus grands, voici un livre qui leur fera aimer la mythologie grecque :



 Le Bestiaire de l'Olympe est un superbe livre qui rassemble des légendes nous racontant le rôle ou la création de certains animaux, de l'âne au typhon, en passant par le coq, le coucou, le hibou et bien d'autres. Et ce sur du beau papier, avec des dessins travaillés, minutieux, ornés même de quelque encre dorée, brillante. 
Cet ouvrage du plus bel effet s'adresse à un vaste public, amateur ou passionné, jeunesse ou adulte. A voir, à lire et l'on n'aura peut-être plus aussi peur des araignées.

jeudi 26 septembre 2013

Les Cerveaux lents des cerfs-volants, de Renaud Perrin.

Un livre ludique et original pour accompagner le premier mois de la rentrée ? Optez pour celui-ci :


Le titre est un reflet de l'ouvrage qui s'admire par double page. On vogue de surprises en surprises, grâce aux jeux de sonorités qui se font écho d'une page à l'autre, tandis que les illustrations jouent à chaque fois avec les deux univers paronymiques en les mêlant. On s'amuse avec les mots, les sons et les dessins, et l'on se surprend à vouloir deviner en quoi la phrase de gauche se transforme sur la page de droite et à vouloir en créer d'autres. 
Ce livre déborde d'imagination et d'inventivité. 

mercredi 4 septembre 2013

Jimbal des îles, de Klaus Kordon, illustrations de Nancy Peña.



Jimbal des îles est un roman dont l'héroïne éponyme n'est pas gâtée par la vie. Boiteuse, orpheline de sa mère, elle doit subvenir aux besoins de sa fratrie dont elle est l'aînée car le père, un peu trop poète, n'y parvient pas. Heureusement, elle a un fort caractère. Et lorsque le sultan promet une forte récompense à qui sauvera l'île d'en face du terrible monstre qui l'habite, la jeune Jimbal n'hésite pas un instant et s'embarque pour relever ce défi périlleux. Elle découvre alors que le monde n'est pas vraiment tel qu'elle l'imaginait, apprenant aussi à ses dépens que la vérité peut être multiple et qu'il n'est pas si évident d'ouvrir les yeux à autrui.
 Un très bon roman qui amorce plusieurs pistes de lecture autour de la différence et de la vérité, dès 9 ans.

jeudi 29 août 2013

La Maison en petits cubes, illustrations de Kunio Katô, texte de Kenya Hirata


A l'origine un court-métrage de 2008 primé internationalement de nombreuses fois, La Maison en petits cubes a été retravaillée par ses auteurs pour nous offrir un splendide album.
Cette œuvre est emplie de poésie et de sagesse, tant au niveau du texte qui joue avec les sonorités, que sur le plan des illustrations pastel dans les tons de bleu ou de jaune, à l'aspect estompé.


Dans un futur indistinct, un vieil homme vit seul dans sa maison cubique au milieu de la mer. Les habitants de sa ville sont progressivement contraints à bâtir des étages sur leur maison, au fur et à mesure de la montée du niveau de l'eau, sans pouvoir redescendre. Certains abandonnent en chemin et déménagent, épuisés de devoir régulièrement construire plus haut. Le vieil homme reste, menant une vie quotidienne paisible au rythme de l'eau et de la nature. Sa maison est une image de la mémoire.
Les moments vécus sont toujours en nous, font partie de nous, mais nous ne pouvons concrètement les revivre tels qu'ils ont été. Cette dimension spirituelle de l'empilement matériel des cubes, nous la découvrons alors que le personnage, en pleins travaux, fait tomber à l'eau des outils. Il plonge les chercher tout équipé et fait alors « remonter à la surface » les souvenirs, comme des empreintes de l'histoire d'amour entre un homme, une femme et leurs enfants, que nous revivons à rebours jusqu'aux prémices, à la jeunesse.
On pourrait croire que cela se termine mal, que le vieillard s'abandonne à sa nostalgie sous-marine. Il n'en est rien. Tout comme il s'est adapté aux changements climatiques, il accepte de repenser à son passé sans pour autant en oublier le présent à vivre.

mardi 30 juillet 2013

Ecran Total, de Chrisotphe Léon


Dans ce tout petit poche, il n'est pas tout à fait question de protection solaire ... Mais bien plutôt d'une invasion de l'écran de télévision, sitôt qu'il entre dans la maison. Il détourne les esprits de ceux qui le regardent, et apparaissent alors flagrants la solitude et le désarroi de l'enfant face à l'aliénation pure et simple de ses parents obnubilés les images qui défilent sans cesse.
Un récit bref mais intense, pour jeunes lecteurs avertis, ou lecteurs plus grands mais préférant les histoires courtes.

dimanche 28 juillet 2013

Pome ou les petites choses, de Johan Troïanowski


Pome est une petite fille énigmatique qui ne cesse d'errer dans un monde a priori désertique tout de noir, gris et blanc, où chaque élément nouveau, chaque incursion de couleur attise la curiosité du personnage et du lecteur et les invite à s'interroger sur le monde de diverses manières. En cela la jeune Pome pourrait être une digne descendante du Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry portant un regard candide dépourvu de niaiserie sur les différents éléments qui l'environnent.
Mais le médium bande dessinée permet aussi de jouer sur d'autres tableaux, et Johan Troïanowski ne s'en prive pas. Les références à Alice au pays des merveilles et à Moby Dick notamment soulignent une imagination débordante qui tend à faire participer le lecteur tout au long du livre, et l'amènent à jouer avec les cases et les personnages, voire à se jouer d'eux.  Un crayon bleu trouvé dans le désert permet d'égayer le monde et de colorer le ciel. Les traits de coloriage apparaissent, les différentes techniques sont visibles.
Pome est en somme comme tous les enfants. Grâce à son immense curiosité elle s'interroge sur tout ce qui l'entoure, rien n'y est anodin pour elle. Et ses découvertes l'amènent à spontanément réinventer le monde, comme par magie, au gré de ses trouvailles et de ses envies.
Johan nous livre ici une sage et ingénieuse merveille aux multiples niveaux de lecture, emplie de philosophie. Elle devrait ravir leslecteurs créatifs familiarisés avec la bande dessinée.

vendredi 26 juillet 2013

La Randonnée, de Christophe Léon

Après vous avoir parlé d'Argentina, Argentina, voici un autre roman ado du même auteur : La Randonnée, de Christophe Léon.



Lorsque cinq adolescents d'un centre d'accueil et leur éducateur partent en séjour randonnée dans la nature, l'ambiance est plutôt électrique. Peu à peu chacun apprivoise l'autre et tente de s'adapter au milieu montagnard plutôt hostile à ces jeunes gens habitués à la ville. Rien n'est simple, l'inattendu surgit dès qu'un problème trouve solution. L'écriture et le découpage cinématographiques de l’œuvre, incluant des flashbacks violents de la vie de chaque personnage, introduisent peu à peu le mystère, la tension et l'angoisse. Le récit devient un thriller prenant, où la pire menace ne vient pas d'où nous pouvons le supposer. La problématique de la réinsertion d'espèces disparues localement est posée.

 Haletant.

jeudi 25 juillet 2013

Une fille nommée Hamlet, d'Erin Dionne


Adolescente, Hamlet aime se fondre dans la masse collégienne. AdolescentE, Hamlet ? Oui, c'est bien le prénom d'un personnage masculin que des parents ultra passionnés du « Barde »Shakespeare ont attribué à leur fille aînée. Monsieur et Madame Kennedy – les fameux parents – vivent pleinement leur passion du XVIè siècle élisabéthain, dans les États-Unis du XXIè siècle : costumes, langue châtiée, cuisine, tout y passe. Ajoutez à cela Desdémone (autre référence au dramaturge), une petite sœur de sept ans surdouée au point d'entrer en troisième, dans la même classe que son aînée, tout en suivant quelques cours à l'université, et vous comprendrez bien à quel point le rêve « d'ordinarité (?) » et de transparence de Hamlet est un vrai défi !
Mais malgré de nombreux obstacles et rebondissements, les sœurs se rapprochent comme jamais et chacune réussit à comprendre et à apprendre de l'autre. L'exceptionnelle Desdémone va apprécier l'imperfection, tandis que l'ordinaire Hamlet va goûter au plaisir de se singulariser.
Un roman bien construit, où des problématiques de l'adolescence sont abordées avec un certain humour : la famille, le collège, les amis, les émois amoureux.
Dès 12 ans.
traduction de l'anglais (Etats-Unis) : Sandra LUMBROSO

lundi 17 juin 2013

Hyacinthe et Rose, texte de François Morel, illustrations de Martin Jarrie


         Au printemps, les fleurs s'épanouissent et dévoilent leurs plus beaux atours. Comment rester indifférent face à l'explosion de couleurs des pétales qui égayent le paysage, signe que la nature reprend vie après le long sommeil hivernal ?
         Hyacinthe et Rose, deux êtres que tout oppose, se retrouvent bien sur ce point fondamental et fondateur pour eux. La passion de la flore efface toute dissension politique, religieuse, quotidienne en somme, pour les mener à la vie de couple et de famille.
        Lorsque nous faisons leur connaissance dans le grand album éponyme, ils en sont déjà à l'âge de la tendresse. Mais grâce au témoignage d'un de leurs nombreux petits-fils qui passe ses vacances chez eux, nous constatons que ce n'est certes pas avec l'âge que l'on perd ses idées ni son verbe ! Le regard bienveillant du garçon grandissant partage avec nous ses moments passés d'une vie paisible, et mouvementée aussi, où les fleurs sont au centre, sages ou facétieuses, selon leur propre langage, que Martin Jarrie dévoile en illustrant l’ouvrage de portraits grandioses de ces belles, réelles ou imaginaires.
         La parenthèse enchantée de l'enfance, pour tous les amoureux des fleurs et de la vie, de tous âges, se décline aussi en répertoire illustré, et en CD où François Morel prête sa voix à la narration des souvenirs de jeunesse, tandis qu'Antoine Sahler les met en musique.
A lire, relire, écouter.

        Bon à savoir pour les Varois : François Morel sera au théâtre Liberté de Toulon le 7 Mai 2014 (oui oui c'est loin) pour La Fin du monde est pour dimanche. Réservez !

mercredi 12 juin 2013

Au ventre du monde, de Gilles Barraqué




        Grâce à un récit exotique et dépaysant, qui sous la forme d'un témoignage nous emporte dans le décor des îles Marquises, Gilles Barraqué crée toute la culture et les divinités païennes de l'île de Notre Terre pour son roman Au Ventre du monde
        Là, la jeune Paohétama est un jour autorisée par le chef et le sorcier du village, à « devenir un garçon » pour succéder à son grand-père vieillissant en tant que pêcheur-maître des mers. Cette sorte de métamorphose, qui n'est en réalité qu'un jeu de faux-semblant pour mieux faire accepter à la société le fait qu'une fille prenne la mer, n'est pas sans conséquence au quotidien. Le regard et le comportement des autres changent malgré le doute. L'hybride créé, au corps de fillette mais aux cheveux et au métier de garçon, a un statut spécial. Il fascine. Même le grand-père aimant l'appelle « Mon garçon », « fils ». Seul Ui-i, le plus fidèle ami de Paohétama – non pas un chien, mais un cochon – la reconnaît encore telle qu'elle est vraiment au fond d'elle sans en être troublé. 
        De son côté, Paohétama ne regrette pas le changement ; elle est attirée par la mer et elle craint même de devoir un jour devenir femme car elle sait qu'alors elle ne pourra plus naviguer ni plonger. En attendant, elle profite de chaque sortie sur les eaux.
         Et c'est alors tout un monde marin que nous découvrons avec elle au fil de ses apprentissages, une vie et une nature considérées avec respect et humilité. Peu à peu l'ancêtre passe le relais, sent qu'il n'est plus accepté par la divinité de la mer Oana, et un jour la fille-garçon se retrouve seule sur sa pirogue, avec une grande ambition bercée par les légendes de son village.
         Au large de Notre Terre se trouvent l'île de l'Autre Terre, où vivent les terribles hommes-cochons, et le Ventre de Monde, qui a engendré toute vie, et renfermant la plus grosse des perles réservée à qui en sera digne. Paohétama espère bien recevoir le précieux objet pour que son grand-père puisse en faire don à la mer lors de son dernier voyage. Elle s'embarque alors pour cette aventure risquée, sous la protection du sorcier Taua, et de son fidèle compagnon qui ne l'abandonnerait pour rien au monde, Ui-i, véritable élément comique du roman. Mais la traversée s'avère périlleuse et quelque peu hasardeuse. La fatigue et la douleur s'invitent et ne sont pas des alliées. Mais la magie opère. L'énorme bénitier du Ventre de Monde offre à Paohétama une seconde naissance qui coïncide avec son entrée dans la puberté. La désormais jeune fille à part entière scelle son destin et celui des siens sous les meilleurs auspices, et rétablit la paix entre les peuples. Et de ce fait Ui-i et elles seront vénérés sur les deux terres. Il est parfois surprenant de se rendre compte à quel point l'Autre peut être proche de nous. Si proche que l'on peut même l'aimer.
Au Ventre du Monde dépeint avec poésie une culture qui appréhende la nature avec sagesse et respect. Chaque chapitre est une nouvelle plongée dans l'océan ou dans le peuple de « bons sauvages ». On peut aussi envisager ce texte comme un conte moderne qui a donc une portée didactique. Ces exemples de paix, nous pouvons tous les suivre.
Un excellent roman jeunesse qui a la faculté d'apaiser.
A commander chez votre libraire, ici !

lundi 3 juin 2013

Festival Bulles en Seyne - Julie Ricossé


Source : site festival Bulles en Seyne.


        Ce week-end, les 8 et 9 Juin, au Parc de la Navale, à la Seyne-sur-mer, se déroulera le 5è festival Bulles en Seyne. Un moment très agréable où l'on peut échanger avec des auteurs et dessinateurs.
L'occasion pour moi de vous parler de quelques ouvrages de Julie Ricossé, qui participera à l'événement, et exposera des planches, dès mercredi, à la librairie Contrebandes.
        Cette jeune illustratrice parvient à nous rendre tous les détails et émotions d'une scène représentée, particulièrement grâce à ses petits traits et à son riche imaginaire, qui restituent chaque expression. Les regards sont intenses, les détails sont travaillés, toute la richesse des histoires est dévoilée. 

Illustrations de Julie Ricossé pour Gallimard Jeunesse.

         Dans La Princesse grenouille et autres contes, et Contes venus de l'Est, ce sont des contes et légendes traditionnels de la Lorraine à la Russie qui nous sont transmis ; illustrés et dans un format poche pratique pour lire dans le train, compte tenu de la collection à laquelle ils appartiennent, "Voyage en page". Découvrez ainsi dans le premier tome Afanassiev, le Grimm russe qui a couché par écrit la tradition orale et merveilleuse de son pays. 
Illustrations de Julie Ricossé pour Gallimard Jeunesse.

        Dans La Belle et la Bête, tout ce que l'histoire a de merveilleux et terrifiant est mis en image et en couleurs, dans un bel album qui se lit et s'écoute, grâce à la mise en musique d'Isabelle Aboulker et à la voix de Jacques Bonnaffé. 
Illustrations de Julie Ricossé pour la collection Folio junior de Gallimard.

        Céleste, ma planète de Thimothée de Fombelle invente à son tour un conte moderne et écologique. Dans un monde futuriste, la Terre est plus qu'aujourd'hui en danger, mais oubliée. L'être humain s'oublie lui-même au profit du matérialisme. Jusqu'à ce qu'un jeune adolescent tombe éperdument amoureux de sa nouvelle camarade de classe, Céleste, elle-même gravement malade... Cette jeune fille si particulière s'avère, bien plus qu'elle n'en a l'air, importante pour les neuf milliards de Terriens que compte alors la planète : elle est le reflet de nos laisser-aller quotidiens, et va aussi nous en faire prendre conscience. Une fabuleuse histoire comme sait les écrire l'auteur, à lire absolument, dès 10 ans.

Illustrations de Julie Ricossé pour l'Atelier du poisson soluble.
        Chez l'Atelier du poisson soluble, Julie Ricossé a écrit et dessiné Peter au royaume d'En-dessous, qui n'est pas sans rappeler l'ouvrage précédent. En effet, dans cette histoire, Peter est un garçon qui vit aussi dans un monde pollué, sans joie. Mais il découvre dans les égouts (alors qu'il n'a pas le droit de sortir de chez lui) le Royaume d'En-dessous oublié et ignoré. Ce monde est luxuriant et foisonne d'êtres extraordinaires qui évoquent tous des créatures que l'on a pu rencontrer dans la littérature... Les références culturelles sont de la partie. Ces habitants, en montrant toutes les richesses de leur pays, vont faire prendre conscience des enjeux de l'utilisation raisonnée des ressources au garçon, afin qu'il transmette ces valeurs à son tour à son monde. Un ouvrage riche et débordant d'imagination à admirer ! Chez le même éditeur, on trouve aussi Le Jour où j'ai perdu mon temps. Le texte d'Agnès Lestrade part de l'expression « perdre son temps » pour mieux jouer avec les mots, les sons, et se jouer d'eux aussi. Nous sommes alors plongés dans un monde étrange où le héros en costume bleu et aux yeux disproportionnés cherche son temps et angoisse de ne plus le retrouver. Une histoire proche de celles de Raymond Devos, à l'univers surréaliste. Il y a un peu des Montres molles de Dalí là-dedans ! 
Illustrations de Julie Ricossé pour Sarbacane.

        Pour un peu plus grand, et en bande dessinée, je vous conseille Mr Howard. Dans la traditionnelle bourgeoisie anglaise du début du XXè siècle, le jeune héros éponyme a des nuits agitées qui laissent des traces écarlates sur ses draps... Peu à peu, l'étrange et le fantastique envahissent la demeure, et le monde de la nuit prend le pas sur celui du jour dans une aventure palpitante dont le garçonnet devient le héros, le « Prince Brouillard », lui d'ordinaire si effacé. Mais dans cet univers parallèle les choses ne sont plus les mêmes, il faut une bonne dose de courage pour en affronter les créatures. Espérons que la nourrice, affectueusement surnommée « Nutty » sera d'un bon secours... Quoique...
A dévorer !

Vous pouvez découvrir ou revoir les œuvres de l'artiste sur son site ou son blog.
Et, comme d'habitude, pour l'achat de livres, n'oubliez pas votre libraire. Et s'il pleut ou que vous n'avez pas le temps de passer, commandez ou réservez via Place des libraires !


vendredi 31 mai 2013

Argentina, Argentina de Christophe Léon



         En lisant le titre vous imaginez déjà, un petit sourire aux lèvres,une histoire d'amour sur un air de tango, au son du bandonéon, dans les rues de Buenos Aires... Désolée de couper court à vos douces illusions, mais vous avez tout faux ! Le roman nous emmène bien plutôt dans les sombres années de la junte militaire argentine, de 1976 à 1983, grâce aux récits d'une victime directe des événements.
         Nous sommes en 1998. Un reporter français veut enquêter et publier sur le régime totalitaire et ses conséquences concrètes. Il part alors sur le terrain rencontrer un certain jeune homme de 26 ans à deux prénoms, qui a subi de plein fouet les atrocités. Ce dernier, en transmettant les multiples morceaux de son passé, et en faisant partager son humble quotidien, révèle aux lecteurs adolescents – dont les manuels scolaires débordés passent à la trappe « l'épisode » politique pourtant récent – le régime toujours plus répressif qui transforma et bouleversa un pays sur plusieurs générations ; les « baptêmes de l'air » qui furent une fabuleuse trouvaille pour se séparer efficacement des opposants ; les « adoptions » avec trafic de l'état civil, qui furent aussi un ingénieux moyen d'agrandir sa famille facilement. Mais quand le régime tombe et que ses dirigeants fuient en Suisse ou ailleurs, il laisse des plaies béantes et un peuple en désarroi. Certains enfants se souviennent de leurs deux familles, d'autres ne connaissent que celle qui les a « accueillis » presque chaleureusement. Les grands-mères, celles qui ont vu impuissantes le martyre enduré par leurs enfants et petits-enfants, se mobilisent sur la place de Mai pour ne pas oublier, et pour retrouver leurs chers petits. Dans quel cas de figure préfèreriez-vous vous trouver ? La violence est partout, imprègne tout.
Dans ce contexte pour le moins troublé et bouleversant, plusieurs questions et problèmes sont soulevés : le rapport à la famille biologique et d'adoption, l'importance des origines, et par là même la transmission et l'éducation. Ce sont des questions existentielles qui touchent intrinsèquement tout un chacun dans la construction de soi . Mais dans une telle histoire, une telle ambiance, elles prennent une réelle ampleur et deviennent profondément préoccupantes. Car on prend alors conscience que nous sommes bien loin d'être dans un monde manichéen. Les bourreaux peuvent aussi avoir de bons côtés – et on a plus de mal à leur en vouloir. Inversement, même paré des plus belles intentions, on ne parvient pas nécessairement à ses fins. Des sentiments ambivalents cohabitent et les remises en cause de soi sont alors bien douloureuses.
         Ce roman au réalisme poignant met en exergue de tels dilemmes dans toute leur violence, et il transmet avec brio les plaies suintantes du pays sud-américain grâce à un témoignage individuel. On ne sort pas indemne de cette œuvre intense et bouleversante à bien des égards.
Dès 15ans, chez votre libraire ou sur place des libraires !
Chronique à retrouver sur le site de la librairie Contrebandes.


lundi 27 mai 2013

Rendez-vous sous les cerisiers, texte de Cendrine GENIN, illustrations de Nathalie NOVI.

        Ce matin, en voyant rougir les cerises du jardin, j'ai pensé à ce magnifique album et j'ai voulu partager avec vous cette chronique que j'ai écrite et que vous pouvez retrouver sur le site de la librairie Contrebandes.
       
        Le dernier Poilu a pu partir vers son éternel repos il y a peu. Les autres survivants de la Grande guerre se font rares, de même que leur mémoire. Après un temps en vient un autre. Néanmoins il est nécessaire de se souvenir des erreurs passées afin de ne pas les réitérer. Si vous désirez avoir un aperçu des désastres personnels provoqués par la Der des Ders, procurez-vous Rendez-vous sous les cerisiers.
        C'est un récit poétique de l'intime, à double voix, où une jeune fille découvre qui était sa grand-mère à son âge par le biais de lettres. Comme l'écrit si bien Cendrine Genin, « on croit toujours connaître ceux qu'on a de plus précieux ». Et pourtant, nous avons tous notre jardin secret, que nous gardons pour nous. La petite-fille devient la nouvelle dépositaire du secret de sa grand-mère, tout comme chacun de nous qui ose se plonger dans ces jeunes années du début du XXe siècle. A cette époque-là, les lecteurs adolescents d'aujourd'hui auraient pu être cette Marguerite et son Henri. Tous deux n'ont pas chanté longtemps Le Temps des cerises, mais ils en ont rêvé ! La couverture de Nathalie Novi donne bien le ton de l'œuvre : une jeune fille, comme baignée de soleil, cerises en pendants d'oreille, est pensive, perdue dans le bleu vague et froid, comme tournée vers le passé. Espoir et douleur se mêlent et livrent un admirable ouvrage.
Si à l'ouverture de la boîte contenant les précieuses lettres explosent à nos yeux des mots d'amour calligraphiés à l'encre de violette, à y regarder de plus près on se rend compte que ce sont des lettres du front et de « l'arrière ». Cet échange épistolaire entre les deux fiancés nous fait part des changements psychologiques et des conséquences intimes de la guerre sur chacun des deux. Les messages d'Henri et de Marguerite ne sont pas longs. Mais chaque mot juste et doux compte, et l'on se retrouve avec une telle intensité d'expression que l'on ne peut qu'être touché par cette sincérité. Et cela s'exprime encore davantage dans l'adresse et la signature de chaque lettre, ponctuées par des surnoms, toutes calligraphiées en pleins et déliés, comme reproduites à l'identique. Cependant, l'espoir d'un retour rapide au village et d'une vie paisible s'efface quand le silence du soldat s'installe après l'hiver, suite à ses inquiétants propos. La tourmente torture Marguerite qui se bat contre cette absence de réponse et ne peut rejoindre l'être aimé. Elle se sent profondément impuissante, comme affrontant un mur de douleurs. Et de désarroi elle pousse le Cri d'Edvard Munch. Les sublimes illustrations de Nathalie Novi donnent à voir toute la poésie de cette histoire, grâce aux couleurs chaudes d'espoir ou froides de tristesse, et grâce à une sorte d'effet sfumato qui estompe les contours et universalise le propos. C'est une tragédie à échelle humaine où les Nations défont et imposent des destins aux peuples – même à « l'arrière », où il faut continuer à vivre et à travailler malgré tout – et envoient délibérément des hommes se faire massacrer dans des boucheries sans nom. Combien de gens jeunes et moins jeunes arrachés de leur vie tranquille, obligés de partir se battre et de tuer des ennemis qu'ils ne connaissent pas, qu'ils ne haïssent pas, au péril de leur vie ! N'ont-ils pas été sacrifiés pour la gloire de la patrie ? Combien de vies brisées, broyées, asphyxiées au « gaz moutarde » ! Les mutineries étaient d'ailleurs férocement réprimées.
         Peu à peu la guerre fait effet. Elle dresse des murs entre les êtres. La solitude est criante : chacun est représenté seul dans un désert de nature, seul dans son monde, seul face à ses questionnements sans réponse. Mais malgré tout Marguerite tient bon. Ses lettres contiennent toujours une part de soleil, même si avec un tel horizon obscur, on peut s'attendre au pire. Mais de sa jeunesse, comme dans la chanson, elle « en garde au cœur une plaie ouverte ». Les lettres s'arrêtent et la petite-fille s'adresse directement à son aïeule pour nous livrer le fin mot de l'histoire. Les différentes intrusions de la deuxième personne sont profondément touchantes. Elles donnent vie aux personnages ; la femme désormais âgée semble à côté de nous. C'est alors que l'on apprend le dénouement inattendu. Une seule phrase abat la jeune Marguerite, alors que rien n'était parvenu à l'ébranler auparavant. Et finalement le rendez-vous sous les cerisiers – leur lieu amoureusement tenu secret – devient le théâtre d'un dernier adieu. On n'oublie jamais son premier amour.
On pensait qu'elle serait courte, que tout le monde serait rentré avant Noël, que ce serait la dernière. Rien ne fut vrai de tout cela. Les dirigeants en décideraient autrement. Les surnoms erronés de la Première Guerre Mondiale en accentuent le tragique, voire le pathétique, car combien d'enfants nés du bonheur d'une permission accordée ou de l'armistice, durent à leur tour prendre les armes une vingtaine d'années plus tard ? La guerre change les hommes, tout entiers, tous autant qu'ils sont.
Ce livre n'est pas un manuel d'histoire. Vous n'y trouverez pas de frise chronologique, ni d'événement précis. Mais vous partagerez poétiquement des émotions et des ressentis humains. C'est un album très émouvant où chacun peut avec douceur et tendresse s'identifier au destinataire comme à l'auteur des lettres, et alors mieux comprendre ces déchirements. Je vous le conseille vivement.